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Comment la relation à l’animal sauve une vie

Dans bien des endroits du monde, la distinction entre les humains et les animaux n’est pas conçue de la même manière que chez nous. Nous vivons pour notre part dans une culture structurée par la croyance en une continuité animal-homme pour ce qui concerne l’extériorité, c’est-à-dire ici la matière (en gros l’anatomie et la physiologie), tandis que, pour ce qui concerne l’intériorité, les « qualités mentales », nous adhérons à la croyance en une coupure radicale

Dans notre culture, ceux pour qui les animaux sont des autres signifiants, qui développent avec eux des interactions qu’ils ressentent comme réellement réciproques, et qui leur imputent diverses qualités mentales, sont tenus de se justifier. Voilà pourquoi nous sommes amenés à expliquer pourquoi le rapport à l’animal peut être significatif, donc sauver une vie. C’est que, culturellement, un rapport significatif avec un animal est perçu comme « anormal ».

Si l’on considère l’animal comme un acteur dans les interactions qu’il entretient avec l’homme, prenez conscience de tout ce que l’on manque, non seulement sur l’animal, mais aussi sur l’homme, lorsque l’on considère le premier comme une simple chose, passive dans l’interaction. Les humains et les primates supérieurs (chimpanzés) sont semblables à 98,6 % sur les plans moléculaires et génétiques. Avec un autre mammifère aussi éloigné de nous que le chien domestique, nous avons cependant plus de 90 % de séquences d’ADN qui concordent.

Si la médecine vétérinaire et humaine porte un intérêt marqué pour le chien pour identifier les causes génétiques de maladies génétiques homologues entre l’homme et le chien, c’est que le chien et l’humain ont des bases génétiques, neuronales communes. Psychiatres et vétérinaires utilisent une terminologie médicale identique pour décrire les troubles neuropsychiatriques observés chez l’homme et le chien domestique.

Hier (17 octobre 2017) dans le cadre du 25e anniversaire de La Dauphine, à Québec, j,ai eu le privilège de partager des réflexions avec des intervenants, du public, des partenaires locaux autour du thème 'L'importance de l'animal pour la personne en difficulté ou à la rue'. Voici quelques éléments de ma conférence.

Avant de conclure que la relation à un animal sauve une vie, il s’agirait de s’expliquer en quoi la relation à l’animal peut être significative, suffisamment justement pour sauver une vie. Qu’est-ce que les chiens nous apprennent sur les humains? Qu’est-ce que les chiens nous apprennent sur toute forme de relation? Les recherches en éthologie ces dernières 20 années ont fait exploser nos connaissances sur cet animal très particulier qui partage notre maison depuis 30 000 ans. 

Posséder un animal familier constitue un trait qui est très profondément enraciné chez les humains. Ce serait même paradoxalement le propre de l’homme que de s’entourer d’un grand nombre d’espèces animales parce qu’elles lui permettraient de déployer plus pleinement sa pensée, ses affects et la représentation de ses affects (d’où l’anthropomorphisme).

C’est quoi un animal?

Le chien vit dans le même environnement que l’homme, il partage les stress et expositions aux agents toxiques et le développement des maladies sur plusieurs années est comparable au développement des maladies homologues chez l’homme.

Comment comprendre d’où l’homme vient, en le voyant dans son environnement aujourd’hui ? Comment comprendre qu’une partie de cette évolution s’est faite avec d’autres espèces ? On a nié la relation de l’homme avec l’animal et avec son environnement, donc on ne peut plus comprendre ces évolutions.

La relation est faite d’attachement et de communication verbale et non verbale et de mouvements du corps. Les chiens sont également des tuteurs de résilience, selon Boris Cyrulnik. L’animal nous propose un autre espace et une autre qualité d’échanges. Avec les animaux, on se trouve au niveau des structures élémentaires des relations. Grâce à cette simplicité de l’interaction, je peux aussi voir l’effet que mon comportement a sur l’animal, ce qui est à la base du lien social. Ces structures élémentaires de la relation qui sont mises en œuvre dans les relations avec les animaux se trouvent bien sûr aussi dans les relations avec les êtres humains. 

L’animal est à la fois semblable et différent du lien avec d’autres êtres humains. Il est semblable parce que ce sont les mêmes processus de construction de la personne que nous utilisons pour des êtres humains mais différent parce que nous savons bien, aussi, que les animaux ne sont pas vraiment comme les humains.  Tous les éléments de communication dont nous avons parlé permettent de former avec un animal des interactions qui ont une structure significative pour les êtres humains, c’est-à-dire dans lesquelles ils peuvent entrer sans nécessairement perdre leurs repères. Ces interactions ont cependant suffisamment d’altérité ou d’étrangeté pour permettre à l’humain de faire l’expérience de modalités relationnelles nouvelles, et donc d’apprendre des choses sur lui-même

Nous ne sommes humains qu’en contact et en convivialité avec ce qui n’est pas humain. À l’image des relations humain-humain, l’essentiel des problématiques inhérentes à la relation homme-animal reposent sur des problèmes de communication.

Le respect commence là où l’ignorance s’arrête.